L’Analyse Transactionnelle, c’est sensationnel ?

« L’Analyse Transactionnelle, c’est sensationnel »
 
Je côtoie l’A.T. depuis 1983 et j’en redemande!  Il y a quelques années, mes amis ont inventé une chansonnette pour me taquiner, « L’Analyse transactionnelle, c’est sensationnel! » J’en parlais souvent (‘l’euphorie des débuts’ peut-être…), et avec exaltation car je découvrais alors joyeusement l’efficacité, les valeurs et la philosophie qui sous-tendent l’A.T.. Aujourd’hui, mes amis ne me taquinent plus sur ce sujet mais je continue de me référer à ces valeurs et à cette philosophie.
 
Les valeurs en Analyse Transactionnelle
Nous avons tous de l’importance et nous pouvons nous offrir le même respect inconditionnel pour le simple fait que nous existons. Cela ne signifie pas que tout ce que les gens font est acceptable.  Il est clair qu’il ne s’agit pas de s’illusionner, béat et confit, sur la beauté et la gentillesse du monde, mais plutôt d’avoir comme valeur le respect de sa dignité et de celle des autres.  Pour moi, cela a des implications sociales; cela m’amène à un questionnement sur les développements de l’idée de Levinas1 : « je suis responsable de la responsabilité d’autrui’. Et je souscris volontiers aux propos d’un de mes formateurs en A.T. qui disait : « Tout transactionnaliste a le désir de supprimer toute forme d’oppression à un niveau individuel et social2″.
 
·       Responsabilité
Nous sommes responsables de notre vie. Il n’y a pas de fatalité et il est toujours possible d’aller vers ce que nous souhaitons voir advenir. Cela, bien entendu, dans la mesure où le cerveau de la personne ne présente pas de lésions organiques invalidantes. Nous pensons, nous sommes donc responsables de nos pensées, de nos sentiments et de nos comportements, et ce même si des pressions importantes pèsent sur nos décisions. Si ce que nous avons décidé dans le passé ne nous convient plus, nous pouvons nous donner les moyens de changer.
                                                                                          
·       CONTRAT
Pour le praticien en Analyse transactionnelle, une relation d’aide n’est pas envisageable sans contrat. Cela signifie que « l’aidant » et ‘l’aidé » expriment clairement ce qu’ils font ensemble et comment ils le font.  Le client dit ce qu’il souhaite, ce qu’il est prêt à faire pour changer,
le transactionnaliste dit s’il est prêt à œuvrer conjointement au changement souhaité et ce qu’il exige
comme compensation pour ce travail.
 
·       TRANSPARENCE
Berne et ses collaborateurs invitaient les patients aux réunions de staff.  Ce qui ne pouvait être dit devant eux, ne valait pas la peine d’être dit.  « il (E.Berne) croit également que les mots simples peuvent exprimer ce que nous savons de l’esprit humain avec plus de concision, de force et de clarté que les mots savants… »3. Cette simplicité de langage a fait croire à certains que l’A.T. était une théorie superficielle, une méthode gadget. En y regardant de plus près, il est fréquent qu’on change d’avis.
 
·       HUMOUR
Un regard de « Martien » sur les gens et les choses conduit à être direct, voire un peu impertinent avec les idées toutes faites, les choses apparemment établies et définitives.  Ces choses qu’on admet, qu’on pense ou qu’on fait par habitude alors qu’elles n’ont plus la pertinence qu’elles avaient au moment où nous les avons sélectionnées, parmi tant d’autres oubliées.
 
Mon but est de vous proposer maintenant un début d’introduction à l’A.T. par « ricochets » successifs.
Après une définition de l’A.T. et un bref historique de son avènement, je ne décrirai que les états du moi et l’analyse structurale. Quelques définitions et commentaires succincts vont suivre. Pour ceux qui resteraient sur leur faim, les notes qui renvoient, en fin d’article, à la bibliographie permettront d’aller plus loin.
 
Qu’est-ce que l’Analyse transactionnelle ?
 
L’Analyse transactionnelle est une théorie de la personnalité humaine, une théorie du développement de l’enfant, une théorie de la psychopathologie, c’est aussi un système psychothérapique utilisé dans le traitement des problèmes « de la vie quotidienne jusqu’aux psychoses graves ».
 
C’est une forme de thérapie qui peut servir aux individus, aux groupes, aux couples, et aux familles »4. C’est aussi une technique qui permet d’analyser les relations –les transactions- entre les hommes et de comprendre comment les gens se construisent ou se détruisent »5.
L’A.T. est utilisée ou peut être utilisée dans tous les domaines où la compréhension des individus, ou de leurs relations est nécessaire.  Citons la psychothérapie, l’éducation, la formation, le management, la diplomatie, le conseil, la communication, l’analyse et la gestion des organisations.
 
La naissance de l’Analyse transactionnelle
 
Eric Lennard Bernstein est né dans le quartier juif de Montréal en 1910, d’un papa médecin, et d’une maman écrivain et éditeur. Il grandit, « fait sa médecine’ et migre aux Etats-Unis en 1938 où il suit son internat de psychiatrie. il sera naturalisé américain sous le nom d’Eric Berne. Il se forme à la psychanalyse à l’Institut psychanalytique de NewYork et suit une analyse didactique avec Paul Federn.
 
Engagé dans le corps médical de l’armée de 1943 à 1946, il conduit ses premiers groupes de thérapies et démarre ses travaux personnels critiques sur la psychiatrie et la psychanalyse.  Il reprend ensuite sa formation psychanalytique à l’Institut psychiatrique de San Francisco et continue son analyse avec Erik Erikson.
 
En 1947, paraît son premier ouvrage : « The mind in action ».
En 1949, son premier article sur la nature de l’intuition est publié.
 
Jusqu’en 1958, cinq autres articles suivront sur ce thème, où les bases de l’Analyse Transactionnelle voient le jour.  Ses travaux sur l’intuition, font regarder d’un œil neuf les thèses établies, les idées toutes faites. Il (se) pose des questions de ‘Martien », le « Martien » étant une personne qui parle avec des mots simples compréhensibles par les enfants et les « Profanes ». Il n’a pas d’idées préconçues et comprend les gens par ce qu’ils disent vouloir faire, mais aussi par ce qu’ils font de façon observable.  Les intentions affichées l’intéressant souvent moins (parce qu’évidentes) que les résultats obtenus.
 
Voici un exemple de réflexion martienne : la morale martienne du Petit Chaperon rouge, c’est que ‘les loups feraient bien d’éviter les jeunes filles à l’air innocent et leur grand-mère. Bref, un loup ne devrait jamais s’aventurer seul dans la forêt.  Il faudrait également poser l’intéressante question de savoir ce qu’a fait 1a mère après s’être débarrassée du Petit Chaperon Rouge pour la journée« 6.
 
En 1956, Eric Berne vit une grand déception quand le jury officiel de l’Institut psychiatrique de San Francisco ne reconnaît pas comme strictement psychanalytiques sa formation et ses travaux. Ce fut sans doute, un moment difficile pour Berne mais cet événement agit comme un déclencheur.  Il reste toute sa vie attaché aux doctrines freudiennes, il écrivit par exemple : « [les analystes du scénario] désirent simplement y [aux doctrines freudiennes] ajouter quelque chose à la lumière d’une expérience nouvelle… L’auteur de ces lignes… partage entièrement les vues de Freud sur l’instinct de mort et l’omniprésence de la compulsion de répétition.  Les analystes transactionnels croient à l’inconscient »7
 
En moins de deux ans, il met la dernière touche aux principes de bases de l’Analyse transactionnelle.  En 1957, il publie « Etats du Moi en Psychothérapie » 8 où il définit ce qu’il entend par état du Moi et comment s’organise l’analyse de ces états du Moi.  En 1958, il publie un article intitulé : ‘L’Analyse transactionnelle, une méthode nouvelle et efficace de psychothérapie de groupe »9.  Cette fois il nomme sa méthode, en assume la paternité et fonde les piliers de l’A.T. : états du Moi, analyse structurale, analyse des jeux, analyse du scénario.  Durant les 13 années suivantes, seront publiés 7 ouvrages de Berne qui viendront conforter les assises de l’A.T.
Etats du Moi
 
Eric Berne s’est appuyé sur les concepts de Paul Federn10 et ceux de Weiss11 concernant la psychologie du moi et notamment les subdivisions du moi, ainsi que sur la théorie de la croissance d’Erik Erikson12.
 
Tous les adultes ont été enfants, les personnes ayant un fonctionnement cérébral correct sont douées d’une épreuve de réalité convenable, tout adulte a eu des parents ou des substituts parentaux.  Ce sont des principes pragmatiques qui ne connaissent pas d’exception.  A partir de ces principes pragmatiques, Berne pose trois hypothèses :
« Un état du moi parental est un ensemble de sentiments, d’attitudes et de patterns de comportement qui ressemblent à ceux d’une figure parentale… (en fait cette figure parentale est introjectée).  L’état du moi Adulte est caractérisé par un ensemble de sentiments, d’attitudes et de patterns de comportement lui appartenant en propre, qui sont adaptés à la réalité courante… L’état du moi infantile est un ensemble de sentiments, d’attitudes et de patterns de comportement qui sont des vestiges de l’enfance de l’individu »13. Il utilise les démonstrations de W. Penfield pour indiquer notamment comment les souvenirs sont conservés sous forme d’états du moi, comment ils peuvent être revécus intégralement et comment plusieurs états du moi distincts peuvent être présents à la conscience14.
 
Berne comme Freud fait l’hypothèse d’une énergie psychique.  Pour Berne, l’énergie psychique peut être liée, déliée ou libre.  En A.T., on considère que chaque état du moi possède ieur de laquelergie liée est stockée.  L’énergie liée se transforme en énergie déliée quand l’état du moi est activé.  Si les frontières des états du moi sont imperméables à l’énergie liée et déliée, elles sont relativement perméables à l’énergie libre.
 
Un état du moi prend le pouvoir exécutif quand il est celui où la plus grande quantité d’énergie active (c’est-à-dire la somme nette de l’énergie déliée et de l’énergie libre) est présente.  L’état du moi correspondant est alors manifesté.  La personne le vit comme son vrai Soi, si l’état du moi en question contient la de quantité d’énergie libre.
 
Pour expliquer le concept d’énergie, Berne utilisait l’image d’un singe sur un arbre. Lorsque le singe se tient sur l’arbre, il possède une énergie latente, semblable à l’énergie liée. Si le singe tombait, l’énergie latente serait libérée sous forme d’énergie cinétique, semblable à l’énergie déliée.  Enfin, si le singe fait le choix de sauter vers le sol, l’énergie utilisée est analogue à l’énergie libre.
 
On parle de réaction névrotique, lorsque l’énergie libre investit un état du Moi, alors que l’énergie déliée, présente en plus grande quantité, en active un autre vers l’extérieur sans contrôle.  La personne se plaint alors de perdre le contrôle d’une partie d’elle-même.
 
Dans le cas où la personne perd tout contrôle des investissements en énergie libre, l’énergie déliée fonctionne alors en « roue libre ».  Apparaissent alors des réactions ou des états psychotiques.
 
On classe les états du moi en 3 catégories structurales : extéropsyché, néopsyché et archéopsyché.  Ces 3 catégories, sortes « d’organes psychiques », se manifestent phénoménologiquement comme des types d’états du moi Parent, Adulte, et Enfant.  Berne a montré que ces types n’étaient pas des concepts mais bien des réalités phénoménologiques.
 
Il est courant dans la littérature que les auteurs, à la suite de Berne lui-même, utilisent indifféremment les termes désignant les « organes psychiques » ou ceux désignant leurs manifestations phénoménologiques.  Cela ne signifie pas que l’on puisse confondre les concepts et les réalités qu’ils désignent précisément. On utilise le terme « d’organe psychique » comme métaphore, les auteurs n’imaginent pas qu’il existe réellement des zones Parent, Adulte ou Enfant dans le cerveau (ça va mieux en le disant).
 
Bref, les états du moi sont des « systèmes cohérents de pensée et de sentiment, mis en évidence par des types de comportements correspondants »15. La personne se construit un cadre de référence, « structure de réactions associées, qui intègre les différents états du moi en réaction à des stimuli particuliers; il [le cadre de référence] fournit à l’individu un ensemble global qui lui sert à percevoir, conceptualiser, ressentir et agir et avec lequel il se définit lui-même et il définit les autres et le monde » 16.
Transactions
Quand deux personnes se rencontrent, ce sont 6 types d’états du moi qui sont en présence.  Il est intéressant de savoir quel état du moi de l’un entre en contact avec quel état du moi de l’autre.  Cela constitue l’analyse transactionnelle au sens propre. On schématise les transactions en dessinant une flèche entre chaque état du moi impliqué dans la relation. Il y a trois types de transactions complémentaires (l’état du moi stimulé est celui qui répond), croisées (la réponse arrive d’un autre état du moi que celui qui est stimulé), à double fond (le message social émis n’est pas identique au message psychologique sous-entendu).
 
Analyse structurale
L’analyse structurale des états du moi consiste à analyser les différents systèmes de pensée, de sentiments et de comportements qu’une personne a élaborés ou intériorisés de sa naissance à aujourd’hui.  Ces systèmes conditionnent ses manières d’être, de penser, de sentir et d’agir aujourd’hui, l’une ou l’autre de ses manières s’actualisant en fonction des circonstances.
L’analyse structurale de second ordre analyse les systèmes dont nous venons de parler en fonction de la croissance biologique de la personne.  On se sert pour l’analyse structurale du premier et du second ordre de diagramme d’états du moi spécifiques tenant compte des informations à classifier.
L’analyse fonctionnelle des états au moi consiste à analyser et à classifier les comportements manifestés par une personne, notamment lorsque cette personne est en relation avec d’autres.  Des schémas de comportement peuvent ainsi être décrits et isolés, des options de changement comportemental envisagées.  Il est important de noter que l’analyse fonctionnelle permet de décrire des comportements, mais n’aborde pas les raisons historiques présidant aux choix comportementaux et à la construction des schémas de comportements.  Par exemple, un comportement enfantin (analyse fonctionnelle) peut provenir d’une influence interne parentale (analyse structurale).  Nombreuses sont les personnes formées à la « va vite » qui s’autorisent l’utilisation de ces grilles de lecture apparemment simples, or l’usage de l’A.T. nécessite une formation approfondie.  Dans le meilleur des cas l’utilisation dans ces conditions de l’A.T. s’avère inopérant, dans le pire, ces interventions simplistes sont toxiques et dommageables.
 
Conclusion
Voilà pour les quelques ricochets promis.  Comme par ricochet, j’espère aussi avoir provoqué quelques ronds dans l’eau de vos représentations mentales et expériences personnelles.  Si vous voulez bien visualiser ces ricochets, peut-être sentirez-vous comme moi l’étrange sensation que procure le deuxième impact alors que les cercles concentriques du premier s’étendent encore.
 
Jacques Abécassis, publié dans Actua-Psy en 1995 (hier, quoi !)
Notes
 
1.      Emmanuel Levinas, 1982, éthique et infini, le livre de poche
2.      Jean-Pierre Noé, Etre transactionnaliste aujourd’hui, in actualités en Analyse Transactionnelle, vol.13 n°52, octobre 89.
3.      Eric Berne, que dites-vous après avoir dit bonjour, Ed.  Tchou, « le corps à vivre », p. 333
4.      Ian Stewart et Van Joines, 1991, Manuel d’analyse Transactionnelle, éd. lntereditions, p. 7.
5.      I.T.A.A., dossier d’information, mars 1988
6.      Eric Berne, op. cit., p. 45
7.      Id., Ibid., p.332.
8.      publié dans l’ American journal of psychothérapy, vol. XI, 1957.
9.      American journal of psychothérapy, op.cit., ces 2 articles sont réédités dans E. Berne, Institution and Eco-States
10.  voir P Federn, 1979, la psychologie du moi et les psychoses, PUF.
11.  Edoardo Weiss, 1952, principes of psychodynamics, ed.  Grune and Stratton; New-York
12.  voir E. Erikson, 1974, Enfance et société, Delachaux-Nestlé
13.  E. Berne, 1982, Analyse Transactionnelle et psychothérapie, ed. Petite Bibliothèque Payot
14.  E. Berne, 1982, op.cit., p. 15       
15.  E. Berne,  Que dites-vous après avoir dit bonjour, op.cit. p. 19
16.  Ian Stewart et Van Joines, 1991, op.cit.
 
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