les motivations à suivre une formation

Les motivations à suivre une formation « praticien PNL certifiante »

Paru dans Métaphore, n°33 en octobre 2000

Qu’est-ce qui motive l’inscription en formation Praticien PNL certifiante?

Pour répondre à cette question, j’ai réalisé une étude qui a donné lieu, en 1999, à l’écriture de mon mémoire de DESS en psychologie sociale (ingénierie de formation).

Dans l’article qui suit, je rapporte succinctement comment j’ai procédé, quels ont été mes présupposés et quelles sont les conclusions auxquelles je suis parvenu.

La démarche

Ainsi, pour réaliser cette étude j’ai utilisé le matériel suivant :

  • 10 interviews exploratoires auprès de personnes ayant suivi un stage Praticien en 1996 et 1997;
  • 35 questionnaires écrits qui m’ont été retournés par des personnes qui allaient suivre cette formation en 1998
  •  27 questionnaires d’évaluation à la fin de cette formation
  • 10 interviews 6 mois après la formation.

Les interviews et les questionnaires ont été passés auprès de personnes s’étant toutes inscrites dans le même organisme de formation.

J’ai suivi une démarche empirique, partant des faits constatés et interprétés.

Les résultats ne sont pas généralisables, il s’agit plutôt de l’observation d’un groupe de personnes ayant accepté de répondre à une interview ou à un questionnaire.

Les présupposés

Mes a priori théoriques principaux sont empruntés à la psychologie cognitive et à la psychologie sociale :

  • Les déterminants majeurs de la motivation sont les buts que la personne se fixe ;
  • Ces buts sont eux-mêmes en partie déterminés par le contexte social de leur émergence ;
  • Également déterminant, la perception individuelle de la reconnaissance sociale qui pourra ainsi être obtenue;
  • Ma démarche est également prise par le jeu social.

La motivation

J’ai utilisé la conception d’E.Deci et R.Ryan selon laquelle la motivation peut-être intrinsèque ou extrinsèque.

J’ai émis l’hypothèse que les personnes s’engageaient en formation pour :

  • le plaisir d’apprendre, de « jouer » avec les outils ou d’être avec d’autres personnes (motivation intrinsèque) ;
  • atteindre un objectif externe comme : changer de métier, se transformer, apprendre des techniques de communication pour convaincre (motivation extrinsèque).

J’ai cherché à mettre en évidence soit l’occurrence de thèmes communs sur ces deux pôles, soit au contraire leur diversité dans les déclarations des stagiaires.

J’ai choisi deux explications de ces concepts de motivation intrinsèque et extrinsèque, celle de Bachira Alfaraj-Tomeh[1] et celle de Philippe Carré [2].

Tous deux font référence à la définition de la motivation de R.Vallerand et E.E.Till [3] :

« Le concept de motivation représente le construit hypothétique utilisé afin de décrire les forces internes et/ou externes produisant le déclenchement, la direction, l’intensité et la persistance du comportement. »

Je me suis donc intéressé dans cette étude à ce qui pouvait provoquer le « déclenchement » et la « direction » de la motivation des stagiaires.

Qui sont les stagiaires ?

Le questionnaire a été adressé à 70 personnes qui étaient inscrites pour suivre la formation.  Deux stages étaient concernés : une formation de Praticien 2 et une formation où Praticien 1 et Praticien 2 s’enchaînaient.

35 personnes ont renvoyé le questionnaire : 23 femmes et 12 hommes.

L’âge moyen des stagiaires est de 39,5 ans. 14 ont entre 30 et 40 ans, 11 entre 40 et 50 ans. Les femmes sont en moyenne de 2 ans plus âgées que les hommes. Le stagiaire le plus jeune a 23 ans, le plus âgé d’entre eux a 57 ans.

Les futurs stagiaires ont une activité dans le conseil ou la formation pour la moitié d’entre eux.  L’ancienneté moyenne dans la profession est de 8,92 ans pour ce groupe. Les autres professions représentées (une à quatre personnes) : Psychothérapeutes, enseignants, ingénieur, secteur sanitaire et social, secteur gestion et finance.  4 personnes n’ont pas donné d’information sur leur métier.

Les réponses au questionnaire avant le stage

Pourquoi avez-vous choisi de vous former à la PNL ?

Les participants invoquent aussi bien leur motivation à acquérir des compétences professionnelles (11 personnes sur 35), à « mieux » communiquer (10 personnes), qu’à mieux se connaître (15 personnes). Sept personnes s’inscrivaient dans le cadre d’un projet de réorientation professionnelle.

Concernant la formation que vous allez suivre, quels sont vos objectifs, sur le plan personnel et professionnel ?

Ce sont les 3 mêmes thèmes qui sont abordés majoritairement :

  • acquérir des compétences professionnelles ;
  • mieux communiquer ;
  • mieux se connaître ;

Qu’est-ce qui sera une démonstration que vous avez atteint chacun de vos objectifs ?

Les inscrits ont déclaré qu’ils sauront que leurs objectifs sont atteints sur des critères de développement personnel d’abord (17 personnes sur 35) et de confort personnel (10 personnes). Les autres critères évoqués sont la capacité à monter et animer des sessions de formation en PNL (12 personnes sur 15 formateurs) avec une prestation de qualité (6 personnes). Le critère mieux communiquer est cité par 10 personnes, comme celui de la réorientation.

Les motivations mises à jour

Les motivations à s’inscrire en formation certifiante Praticien PNL sont d’ordre professionnel aussi bien que personnel.

Les futurs stagiaires n’expriment pas de motivation épistémique (apprendre pour se cultiver), ni socio­affective (rencontrer et échanger avec d’autres), pas plus qu’hédonique (profiter du confort des locaux, par exemple). Pas non plus de motivation économique (se former pour obtenir des avantages matériels), ni de motif dérivatif (éviter des situations désagréables).

Pour synthétiser ces conclusions, j’ai utilisé la terminologie de Philippe Carré [4]. Les motivations des stagiaires de notre étude correspondent bien au découpage des motivations présentées dans son article :

Les motivations mises à jour dans l’enquête sont principalement extrinsèques. Des motivations vocationnelles sont exprimées dans une moindre mesure (la formation devant permettre de se réorienter professionnellement). Le choix de la PNL se fait majoritairement sur prescription (les recommandations d’un ami, ou d’un formateur), comme le choix de l’organisme de formation. Les motivations identitaires sont les plus importantes, les futurs stagiaires espèrent ainsi plus de reconnaissance en provenance de leur environnement et une meilleure image sociale d’eux-mêmes.

Et après la formation ?

Les évaluations « à chaud » montrent un très grand enthousiasme des stagiaires et une grande satisfaction pour l’intensité des moments qu’ils ont vécus en formation.

Ils pensent avoir intégré les présupposés de la PNL et pratiquer spontanément la synchronisation.

Puis 6 mois après le stage, les 10 stagiaires que nous avons interrogés ne pratiquent plus la PNL volontairement mais ont l’impression que « ça se fait tout seul ».

Les stagiaires parlent de leur souvenir agréable et de la sensation que leurs compétences professionnelles ont été enrichies « inconsciemment ».

Ils sont globalement satisfaits de leur formation.

L’influence du contexte socioprofessionnel

Les formateurs, consultants et psychothérapeutes à qui j’ai parlé de ces résultats m’ont majoritairement confirmé qu’ils correspondaient à leur vécu subjectif. En discutant avec eux de leur métier et de mon étude, ils ont découvert, pour la plupart, la démarche de professionnalisation en cours dans leur métier.

Pour la majorité des personnes dont nous parlons, le contexte spécifique est le suivant :

  • Les futurs stagiaires pensent qu’ils sont responsables de leur satisfaction à exercer leur métier ;
  • Les futurs stagiaires recherchent de la reconnaissance sociale dans l’exercice de leur métier ;
  • Ils pensent qu’ils sont responsables de la qualité de la reconnaissance sociale qu’ils obtiennent ;
  • sont satisfaits d’exercer leur métier mais souhaitent être mieux reconnus socialement (ce « mieux » serait à spécifier, mais ce n’est pas le but de l’étude) ;
  • Ils attribuent quasi exclusivement à leur fonctionnement psychologique et à celui de leurs interlocuteurs professionnels le niveau de reconnaissance sociale qu’ils obtiennent ;
  • Ils tentent de réduire l’écart entre la situation présente (pas assez de reconnaissance) et la situation désirée (suffisamment de reconnaissance) en attribuant un critère « culpabilité » aux individus (eux-mêmes ou leurs interlocuteurs) ;
  • Ils n’ont pas de représentation stable de leur exercice professionnel ;
  • Globalement, ils ont du mal à expliquer ce qu’ils font ;
  • Ils ignoraient certains faits du contexte socioprofessionnel de leur pratique.

Les faits dont je parle ci-dessus sont les suivants :

  • Les métiers de formateur, de consultant et de psychothérapeute sont difficilement identifiés socialement.
  • La pratique de ces métiers prend des formes et des contenus très variés.
  • Les compétences des personnes exerçant ces métiers sont également très diverses.
  • On sait ce qu’est un expert-comptable, un maçon, un ingénieur, un médecin, ou un coiffeur, ces métiers font référence à des professions où les pratiques, les formations et les diplômes sont identifiables socialement. Ce n’est pas le cas pour les métiers dont nous parlons ici.
  • Les formateurs, consultants et psychothérapeutes qui obtiennent un niveau convenable de reconnaissance sociale viennent le plus souvent de professions déjà reconnues (ingénieurs, cadres supérieurs, médecin …).
  • Des organisations professionnelles représentent les formateurs (C.S.F.C. [5]Chambre Syndicale des Formateurs-Consultants créée en 1981) et les organismes de formation privés (F.F.P. Fédération de la Formation Professionnelle créée en 1991). Ces organisations sont en train [6] d’organiser ces métiers en profession. Par exemple, un C.Q.P. (certificat de qualification professionnelle) serait en cours d’élaboration [7] à la F.F.P. La C.S.F.C. a créé un titre de « formateur-consultant inscrit au registre professionnel » en décembre 1998.
  • La même tendance (organisation de la profession, création de titre, pression des pouvoirs publics) existe pour les psychothérapeute [8]

L’énoncé des faits et des opinions ci-dessus produisent souvent une sorte d’Eureka chez les personnes concernées.

Le fait le plus notable d’après eux est le suivant :

Il leur est utile de connaître le contexte socioprofessionnel spécifique d’émergence de leur motivation à s’inscrire en formation. Cela procure un état interne vécu comme agréable. Cette connaissance fournit également une organisation interne plus efficace dans leur recherche de reconnaissance professionnelle. Cela permet d’adopter des comportements orientés vers la réussite pour ces 2 objectifs (états internes agréables, reconnaissance des compétences).

Ajout 14 février 2007 : ces formateurs et psychothérapeutes à qui j’ai parlé de l’étude en 2000 semblaient ne pas concevoir que leur vécu personnel relatif à l’exercice de leur profession était déterminé socialement, au moins en partie. Il m’a semblé alors qu’ils gagneraient à enrichir leur réflexion par les apports de la sociologie dans leur quête légitime de plus de reconnaissance sociale. Je crois que Pierre Bourdieu disait que mieux connaître les déterminants sociaux rend paradoxalement plus libre…

Copyright 2000, 2007, Jacques Abécassis – Tous droits réservés

 

[1]Psychologie cognitive et formation, CNED/Université de Rouen, p.101

[2] Carré P., mars 1999, « Pourquoi nous formons nous ? », Les ressorts de la motivation, in Sciences Humaines, n° 92, pp 26-29

[3] Vallerand R. et Till E.E, 1993, Introduction à la psychologie de la motivation, Paris, Vigot, in Alfaraj-Tomeh B., 1997, op. cit., p. 98

[4] Carré P., mars, 1999, Ibid.

[5] La CSFC est devenu en 1998 la Fédération des Chambres Syndicales et Professionnelles de Formateurs et de Formateurs-Consultants

[6] En 2000

[7] Ce CQP a été créé depuis. Un accord a été signé entre partenaires sociaux en avril 2006

[8] Une loi a été votée en août 2004, des discussions, souvent âpres, se poursuivent et les décrets d’application ne sont pas votés en février 2007.

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