Atelier du 22 octobre 2015 « Débattre pour échanger ou se battre pour avoir raison » ?

Avez-vous remarqué que nos débats se transforment souvent en joute verbale dont le but est seulement d’avoir raison ?

Nous ne percevons au mieux qu’une partie du réel

Comme souvent, lors du dernier Atelier d’Agilité relationnelle, ce n’est pas apparu tout de suite. Tout se passe comme si[1] une partie de notre fonctionnement se situe juste en dessous de notre conscience.

L’un d’entre nous voulait savoir comment être plus posé, comment parler avec moins d’ardeur.

Déconstruire la perception d’un problème pour mieux le résoudre

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Ce qui intrigue, c’est la dévalorisation première de la participante qui parlait de sa trop grande « émotivité », de son « manque d’autocontrôle ». Manifestement, et comme beaucoup d’entre nous, elle est capable de s’emporter (et oui, capable), mais comme il me semble qu’elle fait preuve au contraire d’un bon self-control, ma curiosité m’a poussé à chercher à déconstruire la perception de son problème pour l’aider.

Dans le cadre de l’espace de cet article, nous n’allons que survoler ces questions, mais si cela alimente votre propre réflexion, le but sera atteint.

Changer nécessite un effort, une responsabilisation personnelle.

Atelier2_2210Ce constat nous entraîne parfois à croire qu’être responsable du changement, c’est être coupable du problème.

C’est un raccourci trop rapide, nos actes sont aussi issus de croyances si subtilement imposées par notre environnement qu’on les fait nôtres sans le savoir[2].

Comprendre que « ce que j’obtiens, c’est ce que j’ai fabriqué  » est une étape importante du changement, mais l’approche systémique[3] montre bien que pour une part importante ce que j’ai fabriqué m’échappe ou interagit avec de nombreux paramètres qui m’échappent.

Changer, mais en restant le même

Nous avons besoin de nous percevoir à travers le temps qui passe comme le ou la même, au-delà des changements. Nous ne sommes plus le nourrisson que nous avons été, mais nous sommes toujours nous-mêmes. Pour beaucoup d’entre nous, nous savons que nous sommes ce nourrisson uniquement que parce qu’on l’a dit, nous n’en avons aucun souvenir.
Ce besoin de permanence de notre identité et le doute qu’introduit inévitablement le temps qui passe, nous amène à créer un récit sur nous-même.

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Ce récit a pour fonction de confirmer notre continuité physiologique et psychologique dans le temps qui passe et les changements.

Nous découvrons là l’ambiguïté qui s’insinue partout dans nos vies ; ici, changer en restant le ou la même.

Du même coup, on comprend pourquoi, par moment, malgré ce que nous faisons pour changer, rien ne change.

C’est une ruse que nous avons trouvée pour changer sans changer, et ça fonctionne !

Comment changer sans changer : les jeux psychologiques

Les jeux psychologiques sont des répétitions des solutions trouvées tôt dans nos vies pour conserver la dynamique des relations instaurées avec les autres et le monde, pour être soi-même et appartenir à un groupe social.

Un jeu psychologique[4] est constitué d’une série d’échanges superficiellement plausibles et à motivation cachée. Il comporte une série de coups (comme dans un jeu) et contient des pièges ou des trucs (la règle du jeu n’est pas explicite).


Le modèle du jeu psychologique

A+PF >> R >> CT+ MS >> BN

Amorce + Point Faible >> Réponse >> Coup de théâtre + Moment de Stupeur >> Bénéfice négatif

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Dans le jeu « j’ai raison, tu as tort », sans reprendre l’exemple précis que nous avons évoqué lors de l’atelier du 22 octobre, il s’agit pour les deux joueurs de montrer leur supériorité. C’est une variante de « le mien est mieux que le tien ». Dans la conversation, l’un des protagonistes va annoncer quelque chose, qui sera réfuté par l’autre, et ainsi de suite. Seuls des points de vue et des opinions sont échangés, jusqu’au moment où au moins l’un des deux lâchera une petite phrase acide (coup de théâtre). Aucun n’aura cherché à prouver par des faits qu’il a raison. Groggy (moment de stupeur), les deux personnes seront frustrées et se confirmeront leurs croyances sur elles-mêmes, les autres et le monde.

Dans le jeu « Oui, mais », pour prendre un autre exemple, une personne se plaint d’un problème auprès d’une autre, se sentant toujours obligée d’aider, c’est son point faible. Cette dernière répond, et donne donc des conseils afin d’aider à résoudre le problème. Cependant, la première trouve une raison ou un prétexte pour dévaloriser chaque conseil donné, commençant chaque réponse par « Oui, mais… »[5]. Après quelques échanges, la personne censée aider se sent impuissante, frustrée et/ou en colère. La personne aidée aussi. Les deux se confirment que le monde ressemble bien à ce qu’elles constatent depuis longtemps. Ceci permet de conserver la croyance sur soi, les autres et le monde, « personne ne peut m’aider » pour l’une, « ils ne s’en sortiront pas sans moi » pour l’autre.

C’est la fonction du jeu psychologique : Obtenir une forte stimulation en remplacement du bonheur lucide, maintenir la permanence de son identité dans le temps, et changer sans changer…

le 25/10/2015, Jacques Abécassis

Prochaines dates des Ateliers

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[1] A propos de « comme si », voir le philosophe allemand Hans VAIHINGER. Dans « Philosophie des Als Ob » (Als ob : Comme si), il montre comment nous construisons nos façons de pensée selon des modèles basés sur nos croyances sur le monde, nous-mêmes et les autres. Nous nous comportons « comme si » le monde correspondait à nos modèles. https://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Vaihinger

[2] Pour ne pas sombrer dans une sorte de paranoïa par ignorance, lire quelques livres de sociologie sérieux (de Bourdieu à Touraine, par exemple) peut être bien utile.

[3] J.L. Le Moigne, La Théorie du système général, PUF, 1984, Paris

[4] Eric Berne, Des jeux et des hommes, PUF, 1984, Parisng

[5] Sur le sujet, voir « Oui, mais… », un film écrit et réalisé par Yves Lavandier, et sorti en 2001, vous y verrez plusieurs exemples de jeux psychologiques comme « sans toi » dont nous avons parlé pendant l’atelier : Jeu « sans toi »

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