Note sur la conférence de T. Piketty sur le thème « Egalité » à la Fondation Jean Jaurès le 11 avril 2016

Résumé, extrait du site de la fondation :

« Thomas Piketty était l’invité d’une grande conférence sur le thème de l’égalité, organisée avec la Fondation européenne d’études progressistes (FEPS) et en partenariat avec L’Obs.

Thomas Piketty est professeur à l’École d’économie de Paris et directeur d’études à l’EHESS. Il est notamment l’auteur de Le capital au XXIe siècle (Seuil, 2013), Top Incomes. A Global Perspective (avec A. B. Atkinson, Oxford University Press, 2010) et Hauts revenus en France au XXe siècle. Inégalités et redistributions, 1901-1998 (Grasset, 2001).

Devant un public de 1600 personnes réuni à la Mutualité (Paris Ve), Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, a ouvert les débats, précisant que ce qui caractérise la France est la progression des inégalités, non pas de revenus mais d’accès.

La parole a ensuite été donnée à Thomas Piketty pour une intervention d’une quarantaine de minutes. L’économiste a ainsi pu évoquer la dynamique d’accumulation du capital qui produit des inégalités insoutenables et les moyens pour inverser la tendance, comme la mise en place d’une CSG progressive pour tous les revenus. Il a également analysé les problèmes de la zone euro, plaidant notamment pour une restructuration de la dette publique de l’Europe et la création d’un Parlement de la zone euro composé de parlementaires nationaux. Il a ensuite débattu avec Daniel Cohen, président du Conseil d’orientation scientifique de la Fondation Jean-Jaurès.

La rencontre s’est terminée par une allocution de Massimo D’Alema, ancien président du Conseil italien et président de la FEPS. »

Voici mes notes prises « au fil de l’eau » et qui n’engagent que moi ; il s’agit de ce que j’ai retenu et compris de ce qu’a dit T.PIKETTY :

Comment réguler les inégalités ?

  • Au niveau européen, l’inégalité en Europe pour T. Piketty, c’est d’abord le chômage.

    Il y a une responsabilité collective, car nous avons laissé transformer la crise des subprimes américaine en crise de la dette publique européenne.

C’est la crise de 2008 et les mauvaises décisions politiques européennes qui expliquent la récession européenne. Nous avons voulu réduire les déficits publics trop vite, et en augmentant les impôts, nous avons cassé la croissance. Cela a eu pour conséquence paradoxale d’aggraver encore la dette publique !

Le bon choix existe et nous l’avons déjà fait dans les années 50 en annulant tout ou partie de la dette allemande. Il faudrait un moratoire sur la dette, créer une chambre parlementaire de la zone euro qui prendrait des décisions transparentes, avec un nombre de représentants proportionnel au nombre d’habitants des pays. Ce serait beaucoup plus acceptable que ces décisions en huis-clos avec des annonces pendant la nuit.

L’austérité a conduit à une tragédie en 2011-2013, elle n’a pas produit l’effet escompté sur la croissance.

Selon T. PIKETTY, les traités européens peuvent toujours être renégociés, contrairement à ce qui est argué régulièrement.

  • Au niveau de la France,  l’égalité (ou les inégalités) est portée par

    • l’accès à la protection sociale,
    • le financement de la protection sociale, 
    • l’accès à l’éducation 

Pour T. PIKETTY, des reformes sont nécessaires pour réduire les inégalités. Les français ont l’impression qu’on cherche à rogner sur leurs droits à chaque réforme envisagée. On le voit à nouveau avec le CPA…

Unification nécessaire des retraites… En fait le système de retraite n’est pas assez universel. Il s’est construit au fur et à mesure en fonction de l’avancée des représentants de régime de retraite sur le sujet. Chaque mois 25% des revenus sont prélevés pour financer la protection sociale. Il y aurait 13 000 000 de retraités mais 30 000 000 de retraites servies car beaucoup de retraités ont cotisés à plusieurs régimes. Pour les nouvelles générations, il faudrait unifier les droits de retraites.

Dialogue social ….De même, des réformes sont à envisager pour améliorer le dialogue social ; comme en Allemagne, en Suède, où les salariés participent et votent au C.A. de leurs entreprises !

Le financement de la protection sociale repose trop sur la masse salariale du privé. Pour pallier à cette inégalité, les politiques de droite seraient plutôt favorables au transfert des prélèvements vers la TVA, plus égalitaire, alors que les politiques de gauche verraient d’un meilleur œil un prélèvement sur tous les revenus (public/privé), sur le modèle de la CSG, avec une progressivité des prélèvements selon le niveau de revenu.

Le conférencier rappelle que les cotisations patronales représentent 40% de la masse salariale en France contre 20% en moyenne dans le reste de l’Europe.

Concernant le dernier point, celui de l’accès à l’éducation, l’inégalité est monumentale (sic). Toutes les études sérieuses françaises ou européennes montrent que le milieu d’origine est extrêmement déterminant sur l’accès à l’éducation. A titre d’exemple, une étude à partir des propres chiffres et informations de Sciences Po montrent l’accès très élitiste à cette école. Autre exemple, le système d’admission post-bac (APB) est totalement opaque, ni les familles, ni les chercheurs n’arrivent à obtenir une information claire sur les modalités de gestion des vœux renseignés sur la plateforme. Les explications données sur cette opacité sont douteuses ! Prévu pour simplifier les démarches et optimiser l’affectation des places offertes, le système APB inquiète et parait au contraire très compliqué et inégalitaire.

En conclusion, pour T. Piketty il est important de se ressaisir de tous ces enjeux, en ne négligeant aucun détail, même si cela nous apparaît parfois trop technique.

Daniel COHEN, Président du Conseil d’orientation scientifique de la Fondation Jean-Jaurès, est intervenu ensuite en reprenant l’idée de l’hypocrisie française (sur le prétexte qu’on aurait eu la Révolution Française !) et le déni historique :

Pour lui, la France est dans un déni historique de la réalité. Avec D’IRIBARNE et PHILIPPON, il pense que nous avons ancré un paradoxe dans nos représentations entre l’Église qui nous a dit que nous sommes tous égaux en son sein, et l’Aristocratie qui a institué l’inégalité. Autre exemple de ce déni, invoquant les travaux d’Alain SUPIOT et sa critique du droit du travail, celui du contrat de travail : les cocontractants censés être dans une situation d’égalité, alors que le contrat concerne un salarié qui sera dans un rapport de subordination avec son employeur. Cette inégalité individuelle est mal équilibrée par les syndicats ou les prud’hommes.

On voit l’inégalité se creuser avec la digitalisation des pratiques qui a pour effet un affaissement de la classe moyenne. (ce sont en effet les emplois des classes moyennes qui sont numérisés)

Il explique la crise dans la zone euro par l’obsession de la FED en 2008  d’éviter les erreurs de 1929. Cela a eu pour conséquence une politique monétaire laxiste (pour éviter une crise des liquidités qui aurait enfoncé l’économie dans la récession comme en 1930), et une politique budgétaire contra cyclique (stimuler l’économie lorsqu’elle tend à ralentir, et la freiner lorsqu’elle s’emballe) qui a eu pour effet de relancer le PIB de 2%.

Malheureusement, avec la crise en Grèce, on a refait les mêmes erreurs qu’en 1929.

D’ailleurs, la dette n’est pas un problème en soi, c’est le taux* d’intérêt qui est important. Le Japon, avec une dette de 250% du PIB et un taux à 0%, vit très bien sa dette !

Des vidéos des conférences seront bientôt disponibles sur le site de la fondation : Legalite-vue-par-Thomas-Piketty

*écart des taux : 10% pour la Grèce, 0,5% pour l’Allemagne

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